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 Lucien

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R9800 Inscrit le: 01 Mai 2008 Messages: 5323 Localisation: Vevey
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Posté le : 24 Aoû 2010 à 22h56 |
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Nos collections
Lorsque nous regardons nos modèles réduits, nous faisons inconsciemment un gros travail mental (1) d’abstraction de tout ce qui les entoure et qui n’est pas en miniature (le plancher, le tapis, les murs, le canapé, la plante verte, la bibliothèque, le plafond, etc.) et (2) de reconstitution imaginaire de tout ce qui manque à nos modèles réduits pour les entourer dans l’univers idéal en miniature que nous recréons mentalement autour d’eux.
Ce travail mental de reconstitution de l’idéal imaginaire, et d’abstraction du réel indésirable, travail qui occupe constamment notre esprit pour nous permettre d’évoluer dans l’univers virtuel à l’échelle de notre collection (1 :50e ou 1 : 87e ou autre) est un travail épuisant pour l’intellect. En effet, nos lobes cérébraux doivent constamment trier dans les images qu’ils reçoivent, et y effectuer un travail de maquillage en essayant d’en abstraire ce qui n’est pas en miniature et d’y ajouter ce qui y manque. Nous ne nous en rendons pas compte, mais cet épuisant travail mental de maquillage de la réalité procure une souffrance inconsciente.
En plus du fait que la réalité qui nous entoure nous impose ses dures limites sur différents plans (hélas, l’espace manque toujours à nos dioramas, leur horizon est toujours bouché), l’éventail des miniatures et accessoires disponibles sur le marché n’est pas infini non plus. Il en résulte une frustration multiforme, assimilable à une sorte de claustrophobie, malaise de l’enfermement dans un espace au 1 :50e trop restreint (toujours trop réduit à notre goût) qui nous amène à consulter frénétiquement les catalogues à la recherche d’une éventuelle nouveauté à la même échelle, nouveauté qui nous apparaît alors comme la solution, la porte ouverte vers l’espace virtuel de notre imaginaire qui nous permettra, croyons-nous, de nous affranchir de notre cuisant enfermement et de diminuer notre inconsciente souffrance.
Sitôt sorti un nouveau modèle dont le prix nous paraît abordable, il nous apparaît comme le remède miracle, il devient un phantasme qui nous colle à l’esprit et se met à nous hanter nuit et jour. Nous devons absolument nous le procurer. À ce stade idyllique où nous ne le touchons pas encore physiquement et qu’il fait encore partie du domaine imaginaire, nous l’idéalisons en le revêtant de toutes les qualités. Finalement, nous nous décidons à nous le procurer, L’attente de sa livraison est un supplice. Enfin, il arrive et nous le déballons en hâte.
Vient alors l’examen de la conformité du modèle réduit à l’idée que nous nous en faisions. C’est là que se télescopent deux mondes qui se confrontent : le monde idéal imaginaire de la miniature dont nous rêvions, et le monde tangible du réel : le monde du modèle réduit, bien réel quoique en miniature, qui nous est livré physiquement et qui, de ce fait même, quitte le domaine du rêve en entrant dans notre monde réel à nous dont font partie l’emballage du modèle, la table sur laquelle il est posé et le plafond qui le surplombe.
La confrontation du modèle réel en miniature que nous recevons physiquement avec l’idée que nous en faisions auparavant est toujours une transition intense, faite d’un mélange d’émerveillement devant ce qui s’avère être parfois mieux encore que nous l’imaginions, et de cruelle déception devant d’autres aspects de la miniatures, que nous imaginions différemment (sans parler des éventuels dégâts qui peuvent survenir au déballage, où la casse est fréquente).
Passé ce stade où nous découvrons et essayons délicatement les différentes fonctionnalités de notre nouveau modèle, arrive le moment où son attrait s’épuise peu à peu. L’attrait du nouveau modèle dure tant que son aspect change, tant que son aspect se renouvelle selon les différents angles de vue en fonction des attitudes qu’on peut lui conférer, tant qu’il parvient à générer de nouveaux clichés visuels. L’épuisement de l’attrait du modèle survient lorsqu’il ne parvient plus à générer et fournir des aspects visuels inédits. Cela arrive d’autant plus tard que le modèle possède de nombreuses fonctionnalités qui, conjuguées, offrent une variété quasi infinie de configurations différentes. On comprend aisément que l’attrait d’un tombereau dont on ne peut mouvoir que la benne et les roues directrices, si riches que soient par ailleurs ses menus détails, s’épuisera plus rapidement que celui d’une grue télescopique complexe, dont les fonctionnalités conjuguées permettent d’obtenir, par leurs possibilités de configurations virtuellement infinies, une quantité pratiquement inépuisable de nouveaux aspect visuels.
Mais plus le détail du modèle est riche et ses fonctionnalités nombreuses, plus cuisant sera le contraste qu’il offre avec la douloureuse réalité qui l’entoure (le bureau, l’ordi, les bouquins, le verre de bière) et qui vient brutalement nous rappeler les limites du réalisme de la miniature. Le phantasme nous reprend alors par bouffées en nous présentant comme nécessaire – indispensable – tel ou tel accessoire ou modèle réduit auxiliaire qui semblent cruellement manquer au tableau, et dont l’absence supposée est rendue responsable du malaise.
Cette frontière entre le réel et l’imaginaire que notre esprit s’épuise ainsi à vouloir rendre étanche n’est qu’un leurre : chaque nouveau modèle ne fait qu’élargir la spirale du problème : plus riche et détaillée sera notre collection, plus vaste et complexe sera la frontière du monde imaginaire à défendre mentalement contre l’impitoyable et incontournable monde réel…
Et le cycle infernal reprend : Limites du réalisme > frustration > claustrophobie > apparition d’un nouveau modèle > phantasme > semble remédier au problème -> on ne dort plus tant qu’on ne s’est pas procuré ce nouveau modèle > on l’obtient enfin > confrontation du nouveau modèle au phantasme qu’il générait > épuisement graduel de l’attrait > ne fait que repousser encore un peu les limites du problème -> retour à la case départ…
Voici, pour conclure, quelques citations empruntées à ceux qui savent :
Le collectionneur ne se séparera d'une pièce de sa collection que pour certaines raisons, qui ne sont jamais d'abord financières, mais toujours affectives: un désaveu d'un achat ancien qu'il regarde aujourd'hui comme une erreur de jeunesse, un besoin de plus de rigueur dans les critères de sélection, un défaut d'investissement de désir de la part d'un objet, ou d'autres motifs semblables qui tous peuvent être lus comme une incapacité de l'objet promis au sacrifice à répondre à l'imaginaire de son propriétaire.
[Claude Ritschard http://www.bergerfoundation.ch/Un_regard/french/claude.html ]
Le collectionneur, s'il sollicite des avis, le fait moins pour être véritablement conseillé
que pour mettre à l'épreuve sa propre détermination
[Claude Ritschard http://www.bergerfoundation.ch/Un_regard/french/claude.html ]
I'm afraid there is no cure for this other than running out of money.
(Je crains qu’il n’y ait d’autre remède à cela que d’arriver à court d’argent)
[Ian Webb (CranesEtc), 6 juillet 2009]
Lucien, août 2010
 Lucien
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 Lucien

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R9800 Inscrit le: 01 Mai 2008 Messages: 5323 Localisation: Vevey
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Posté le : 20 Mar 2011 à 16h41 |
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Nos collections
Cliquer sur les photos pour les agrandir
(photos Lucien, 14.12.2008)
Alors que je montrais à mon petit-fils, passionné, quelques-uns des modèles réduits de ma collection, sa tante - ma fille -, quant à elle, n'a pu cacher son ennui et, avec une expression de profond martyre, m'a confié affectueusement - mais avec toute l'ironie caustique dont elle est capable - que ce qu'elle qualifie de "petites moissonneuses-batteuses" n'est pas particulièrement sa tasse de thé. Ainsi m'a-t-elle fait diplomatiquement comprendre qu'elle a suffisamment d'autres chats à fouetter que de s'abaisser à mon monde onirique du modélisme au 1/50e, et qu'elle voue un souverain mépris aux modèles réduits d'engins de travaux publics et industriels de ma collection. Quant à mes modèles de grues, ce sont - paraît-il -, autant de symboles phalliques, symptomatiques, de ma part, de l'indécrottable machisme latent de notre société. J'ai essayé de m'en défendre, quoique, considérant la LTM 11200-9.1 vue sous cet angle, j'avoue que, sous le coup de la surprise, mes dénégations manquaient quelque peu de conviction. Du coup, j'ai renoncé à faire, même timidement, valoir l'argument (quelque peu dilatoire) que ma collection ne compte, à vrai dire, aucune moissonneuse-batteuse...
Voir ma collection de modèles réduits 1/50e
Voir également le diaporama de mes modèles réduits
ainsi que le diaporama de mes photos d'engins réels
 Lucien
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 Lucien

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R9800 Inscrit le: 01 Mai 2008 Messages: 5323 Localisation: Vevey
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Posté le : 26 Jan 2014 à 12h47 |
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Nos collections ... ça sert à quoi?
Le poids total du modèle réduit 1/50e du tombereau minier Liebherr T282B dépassant la capacité de mesure de ma balance de ménage,
je l'y avais pesé, il y a quelques années, essieu par essieu.
Pour garantir la précision d'une telle mesure lorsqu'un seul des essieux est sur la balance,
il est nécessaire de caler tout le reste du modèle exactement au même niveau que le plateau chargé de la balance.
Cette mesure essieu par essieu m'avait alors donné un total de 5'059 grammes.
Ce matin, j'ai profité de la nouvelle balance commerciale certifiée de la supérette de mon quartier pour y peser mon T282B d'un seul bloc.
Résultat: 5'045 grammes. L'écart de mesure entre les deux méthodes de pesée s'avère minime: moins d'un tiers de pourcent!
Photo Boutique Liebherr
Les clients de la supérette qui ont assisté à la scène sont tombés admiratifs devant le superbe modèle réduit.
Quant au gérant de la supérette, Tamoul d'origine (très gentil et serviable, et à qui j'avais, bien sûr, demandé la permission d'utiliser sa balance),
il a, lui aussi, admiré le modèle.
Puis, candidement et sans aucune arrière-pensée, pour s'informer, il m'a posé cette question métaphysique fondamentale: "ça sert à quoi?"
Question à laquelle (comme c'est généralement le cas des questions métaphysiques) ni moi ni les clients qui étaient là n'ont su répondre...
Nous assistons là au choc des cultures - enrichissante confrontation -, où les phantasmes oniriques au 1/50e des uns
ne sont pas nécessairement compris des autres.
Un monsieur qui était venu acheter ses cigarettes a quand même risqué timidement: "bon, ben, ça peut toujours servir de cendrier..."
Voir ma collection de modèles réduits 1/50e
Voir également le diaporama de mes modèles réduits
ainsi que le diaporama de mes photos d'engins réels
 Lucien
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